"le coût de la vie" de Philppe Le Guay

« L’argent ne fait pas le bonheur » mais il y contribue. Du moins, lorsqu’il ne rend pas les choses de la vie moins importantes. Le vieil adage a, semble t-il, bien servi la morale du film mais la manière d’enrober le problème suscite davantage d’attention. En effet, on pouvait craindre le pire lorsque Philippe Le Guay (auteur précédemment confirmé dans une œuvre aussi sociologique : « Trois huit ») eut assez d’audace pour réunir le riche blasé, le fauché attachant, le « panier perçé », le radin coincé et tout autre personnage emblématique que l’argent peut façonner.

Le pari semble réussi. Les contraires s’attirent et les billets finissent par adoucir les mœurs. Cette fable contemporaine, construite à la manière de Sautet (évitant la surexplication mais ouverte à l’impression) nous propose une jolie réflexion sur notre société ; ses codes, ses règles de conduite, ses contraintes. La réussite ou l’échec, la honte ou la solitude, le gris et le bleu s’entrecroisent au détour de scènes laborieuses, d’où émergent avec brio des émotions mais aussi des talents. Puisque l’originalité s’éprouve dans l’exploration profonde d’un personnage, Luchini parfait son rôle de bureaucrate avare et accessoirement « encombré » pendant que Lindon hésite entre dettes ou dons.

Les fins de mois paraissent difficiles pour chacun mais les choses de la vie ne sont-elles pas plus essentielles que son coût ? Cela dit, le film possède une énergie et un dosage étonnant. Le désarroi des personnages se suit avec finesse et l’on ne peut qu’éprouver de la tendresse pour ces êtres mêlés aux embuches, aux efforts, au hasard.

La note n’a sans doute pas été très salée mais cette ode à la vie appelle récompense. Gare aux « oursins dans les poches ! » Le prix de la place vaut le coût. Et puis « tout travail mérite salaire »…

Dorothy Malherbe le 2002-08-20