Le cinéma en France n’est pas assez timbré

Contrairement à d’autres pays, la France philatélique a plus ou moins oublié son cinéma. Alors que les séries thèmatiques comme « la flore », « les animaux », etc… sont largement représentées, il n’existe pas de thème spécifique sur le cinéma. Malgré cela, le cinéphile philatéliste peut se satisfaire de quelques vignettes dentelées sur le « ruban de rêve » comme l’avait si bien dénommé Orson Welles.


Le 13 février 1895, Auguste et Louis Lumière déposent le brevet du cinématographe et, le 28 décembre de la même année, ils donnent à Paris la première démonstration publique du nouvel appareil.


Ces deux dates marquent la vraie naissance du cinéma. Sur l’affiche de la première séance du cinématographe, le 28 décembre 1895, on pouvait y lire la description suivante : « Cet appareil, inventé par MM. Auguste et Louis Lumière, permet de recueillir, par des séries d’épreuves instantanées, tous les mouvements qui, pendant un temps donné, se sont succédés devant l’objectif, et, de reproduire ensuite ces mouvements en projetant, grandeur naturelle, devant une salle entière, leurs images Le cinéma en France n’est pas assez timbré sur un écran ».


Les frères Lumière appelaient leurs films des « vues ». Soixante ans plus tard, c’est donc logique que pour le premier timbre français sur le cinéma, un hommage soit rendu aux créateurs. Pour le « 60é anniversaire de l’invention du cinématographe par les frères Lumière », un timbre représentant Auguste (1862-1954) et Louis Lumière (1864-1948) paraît en 1955.


Georges Méliès (1861-1938) est l’une des figures les plus étonnantes du cinéma naissant. Il tourne son premier film quelques mois après les frères Lumière, en 1896. En 1913, il en a réalisé plus de 500 en 17 ans de carrière. Ce créateur du spectacle cinématographique est aussi l’inventeur de tous les truquages utilisés au cinéma. Père des actualités reconstituées, des films publicitaires, des féeries, de la science-fiction et de bien d’autres genres au cinéma, il connaît une renommée mondiale en 1902 avec son « Voyage dans la lune ». Toujours en 1961, mais pas sur le cinéma, dans une série sur les « Comédiens français », cinq timbres avec encadrement grenat d’après la pièce de théâtre « Le Cid » nous permet de découvrir deux comédiens qui ont aussi marqués de leurs empreintes le grand écran.


Gérard Philipe (1922-1959) dans le rôle du « Cid ». Si le théâtre resta de tout temps son grand amour, là où il donna toute son énergie, il aima aussi, on peut même dire passionnément, le cinéma. C’est devant les caméras qu’il exprimait le mieux sa vulnérabilité. Plus qu’un jeune premier, le premier des jeunes. De son premier film, Les Petites du Quai aux Fleurs, à son dernier, La Fièvre monte à El Paso - qu’il tourna dans des conditions difficiles, car le mal qui devait l’emporter commençait à le faire souffrir horriblement - sa carrière fut comme une route tracée tout droit devant ses pas. Un grand garçon tout simple mais trèst rès exigeant : aimant ce qu’il faisait, même les films les moins réussis. Un ange est passé. Raimu (1883-1946) dans celui de César (Marius). En 1916, il est l’un des grands comédiens du théâtre de Boulevard. Le cinéma ne l’intéresse pas. En fait, Raimu est un acteur pour qui la parole est capitale : c’est pourquoi il ne reviendra au cinéma qu’en 1931 avec «le parlant» et surtout grâce à son ami Marcel Pagnol. A 48 ans, Raimu devient célèbre. Et il a maintenant adopté le cinéma : «Il est indéniable que le cinéma nous a donné des moyens d’expression supérieurs à ceux du théâtre. Car un artiste, à mon avis, n’a de réelle valeur que par la mobilité de ses traits et surtout par l’expression des yeux». Il meurt le 20 septembre 1946.


Pagnol déclarera alors: « On ne peut faire un discours sur la tombe d’un père, d’un frère ou d’un fils, et tu étais les trois à la fois. « Pour Orson WELLES c’était le plus grand acteur du monde. Bien que n’ayant réalisé qu’un seul film, André Malraux peut figurer en bonne place dans ce thème sur le cinéma. En 1937, il rédige un nouveau roman: L’Espoir paraît en décembre de la même année. L’ouvrage évoque les débuts de la guerre civile espagnole que Malraux avait vécu en tant que chef d’escadrille d’aviateurs étrangers. La critique accueillit favorablement ce livre.


C’est alors qu’il se fixe un nouveau projet: réaliser un film à partir de ce roman. Le tournage débute à Barcelone le 20 juillet 1938 avec l’accord du gouvernement républicain. Mais en janvier 1939, Barcelone est occupée par les forces franquistes et le tournage du film est interrompu. C’est donc dans les studios de Joinville que se parachève le tournage du film de Malraux intitulé Sierra de Teruel Sa première présentation se fit au cinéma Le Paris sur les Champs Elysées. Malraux entrevoit une manifestation plus remarquable pour le mois de septembre mais Hitler vient de s’emparer de la Pologne et la guerre mondiale éclate. Le film de Malraux ne réapparaîtra qu’après la Libération en 1945 sous un nouveau titre: Espoir. Il obtiendra d’ailleurs le Prix Louis Delluc. En 1979, dans « Personnages célèbres », est émis un timbre sur André Malraux. Il faudra attendre 1981 pour retrouver un nouveau timbre sur le cinéma (et même indirectement, comme pour Gérard Philipe et Raimu) dans une série sur les « Personnages célèbres ». L’esprit, la force vitale, qui animait cet artiste de génie, cet être humain paradoxal, disparu il y a plus de cinquante ans déjà, vit encore aussi et surtout, là où il y a une scène, où des comédiens préparent leur prochain spectacle dans la fébrilité, et dans l’amour du public et de la poésie.


Louis Jouvet(1887-1951): comédien, metteur en scène, directeur de théâtre, le timbre fait plus référence à cette partie de sa carrière plutôt qu’à Louis Jouvet: acteur récalcitrant du cinéma français qui pourtant nous le garde vivant aujourd’hui... C’est à l’occasion du festival de Cannes de 1982, que la poste émet un timbre représentant L’affiche du 35é festival international du film illustré par le film « Armacord » de Fédérico Fellini. A son origine, le Festival n’était pas toujours régulier, souvent faute de crédits. Il ne s’est pas tenu en 1948 et en 1950. Et en 1968, ce sont les événements de mai qui l’ont interrompu. En revanche, depuis 1951, il se déroule au printemps. De même, la Palme d’or n’a pas toujours été la récompense suprême. A l’origine, le jury décernait des « Grands Prix » qui pouvaient récompenser plusieurs oeuvres. La récompense a été inventée en 1955. Le premier film à l’emporter est alors américain : c’est Marty de Delbert Man.


La Série artistique rend « Hommage au cinéma » en1984 avec la sculpture de César (César Baldaccini, dit). « Les premières fois que j’ai utilisé de la carrosserie, c’était, dit César, en 1954-55, pour apporter de la polychromie sur des gallinacés qui ont des plumes : j’ai taillé dans la ferraille des carrosseries accidentées. Dans ces morceaux froissés, je découpais des morceaux que je faisais participer aux sculptures. Ce sont les premiers signes de l’avantcompression. La sculpture, ce n’est pas prendre un objet. J’appelle mes compressions des compressions, mes expansions des expansions ».


Charles Dullin (1885-1949) Acteur, metteur en scène et directeur de théâtre français. Formé par J. Copeau au Vieux-Colombier, il fonda en 1918 sa propre troupe et ouvrit en 1922 le théâtre de l’Atelier. Membre du Cartel des Quatre, il mit en scène avec goût et imagination Aristophane, Shakespeare, Molière, Pirandello (qu’il révéla au public parisien), Salacrou. Il influença nombre de comédiens et de metteurs en scène, dont J.-L. Barrault et J. Vila. Il joua dans quelques films, dont « Quai des Orfèvres » d’Henri-Georges Clouzot et incarna Louis XI dans « Le miracle des loups » de Raymond Bernard. En 1985, un timbre lui rend hommage. miracle des loups » de Raymond Bernard. En 1985, un timbre lui rend hommage.


En 1935, deux jeunes gens, Henri Langlois et Georges Franju qui, depuis des années, au hasard de leurs recherches, récupéraient et sauvaient de vieilles copies de films, créèrent un ciné-club intitulé le Cercle du Cinéma, pour montrer et faire connaître les oeuvres du passé. L’année suivante, en 1936, avec le soutien moral et financier de Paul-Auguste Harlé, naissait la Cinémathèque Française qui avait pour mission, sous la direction d’Henri Langlois, de conserver les films, de les restaurer, de les montrer et de donner aux générations nouvelles, un enseignement cinématographique. Une histoire étonnante commençait alors. Sans argent, mais avec un enthousiasme tel que chacun lui faisait confiance, Henri Langlois entreprit de collectionner, non seulement les films, mais aussi tout ce qui avait trait au cinéma : les caméras, les affiches, les publications, les costumes, et même les décors de films.


En 1986 pour le « Cinquantenaire de la cinémathèque française » est émis une très belle planche de 10 timbres en noir et blanc illustrés par « Les vampires de Louis Feuillade », « Max Linder », « Le roman d’un tricheur de Sacha Guitry », « La grande illusion de Jean Renoir », « La femme du boulanger de Marcel Pagnol », « La glace à deux faces de Jean Epstein », « Les belles de nuits de René Clair », « Gueule d’amour de Jean Grémillon », « Casque d’or de Jacques Becker » et « L’enfant sauvage de François Truffaut ». En 1990 dans la série « Les personnages célèbres » dédiée aux « Grands nom de la chanson française », cinq chanteurs sur les six présentés peuvent éventuellement satisfaire le cinéphile philatéliste exigent. Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf, Jacques Brel et Georges Brassens. Tous ces chanteurs ont un point commun : ils ont tous joués dans au moins un film. En collaboration avec son frère Pierre, Jacques Prévert (1889-1963) produit les scénarios de quelques-uns des sommets poétiques du cinéma français: «Le crime de Monsieur Lange» (1935) pour Jean Renoir, «Quai des brumes» (1935), «Drôle de drame» (1937), « Le jour se lève» (1939), «Les visiteurs du soir» (1941), «Les enfants du paradis» (1944), «Les portes dela nuit» (1946), tous pour Marcel Carné. Enfin, «La bergère et le ramoneur» (1953) sera repris par Paul Grimault pour donner naissance, en 1979, à un dessin animé absolument fantastique intitulé «Le roi et l’oiseau». Ses textes suscitent l’image et ses dialogues sont époustouflants de naturel, de justesse et d’humour. timbre Un très beau timbre dans les « Personnages célèbres. Poètes français du 20e siècle » lui est consacré en 1991.


C’est la poste, qui en cette année 1993, pour La journée du Timbre consacré aux métiers de la Poste « La distribution du courrier » nous permet de découvrir le facteur et son vélo illustré d’après une affiche dessinée pour le film « Jour de Fête » de Jacques Tati En 1993, dans les Personnages célèbres dédiés aux Ecrivains français, deux timbres sur les six présentés sur cette planche satisferons le cinéphile : Jean Cocteau (1189-1963) Il brillait autant par ses écrits, romans («Les Enfants terribles»), poèmes ou pièces de théâtre («Les Parents terribles») que par ses films («Le Sang d’un poète», «Orphée», «Le Testament d’Orphée») ou ses dessins. Il succombera 12 heures après Edith Piaf. et Marcel Pagnol (1895- 1974). «Le cinéma et moi sommes nés le même jour, au même endroit...» «Je faisais tout : producteur, directeur des studios et des laboratoires, réalisateur, directeur des agences. J’habitais dans les studios. On mangeait à la cantine tous les jours. Quand on tournait, c’était une immense tablée : il y avait les acteurs, les techniciens, les machinistes…» «Moi, je leur répétais : «Mes enfants, ne vous inquiétez pas ! Si ce n’est pas bon on refait». Cela ne coûtait pratiquement rien de refaire ; ça ne coûtait que la pellicule… On ne risquait rien ; on tournait, on projetait, on disait : «Non ce n’est pas bon» et on recommençait. Les machinistes assistaient aux projections, ils habitaient autour des studios ; notre cinéma était une chose familiale.»


En 1994, un carnet de six timbres -Personnages célèbres. « De la scène à l’écran »- rend hommage à des grands noms du music-hall passés au grand écran. Yvonne Printemps (1894-1977), «la chanteuse à la voix de rossignol», fut «la femme en vogue» de son temps. Aux Folies Bergères, ses amis la trouvent si joyeuse qu’ils la surnomment «Printemps». Ses amours tumultueuses avec Sacha Guitry et le couple qu’elle forma avec Pierre Fresnay pendant quarante ans alimentèrent les rumeurs du tout-Paris **********


A ses débuts sur scène en 1921, Fernandel (1903-1971). fut définit comme un comique troupier à la dentition chevaline. Il s’appelait Fernand Contandin, mais sa belle-mère criait lorsqu’elle l’apercevait, «Té, voilà le Fernand d’Elle». Alors, il devint Fernandel et entra ainsi au Panthéon du comique français. En 1930, Fernandel débuta au cinéma, aux côtés de Raimu, dans un film de Marc Allégret, Le Blanc et le Noir. **********


Arrivée à Paris en 1925, Joséphine Baker (1906-1975) devient célèbre pour ses prestations dans le revue Nègre au Théâtre des Champs-Elysées. Pendant la saison 1926-27, elle exécute aux Folies Bergère sa danse des bananes qui la rendra très populaire.


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A la scène comme à l’écran, on aura trop souvent tendance, au début, à le réduire à l’image du pitre naïf, de l’imbécile heureux, « le gars qui se croit capable de tout faire et qui rate tout ce qu’il fait, mais qui est content et qui s’en vante. Bourvil (1917-1970) s’attaque à tous les genres dans le domaine artistique, que ce soit spirituel, que ce soit dramatique, que ce soit lyrique, avec une inconscience d’amateur.


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Chanteur et acteur populaire, Yves Montant (1921-1991) a traversé le XX ème siècle comme un battant à la recherche d’une certaine justice. C’était une grande gueule sympathique, comme les français les adorent. Méditerranéen jusqu’au bout des ongles, Montand était un grand gosse qui ne savait jamais s’arrêter.


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Comédien avec outrance, homme parfois blessé, personnage victime de son image, Coluche (1944-1986) n’ a jamais rien fait à moitié. Passionné de grosses motos, recordman du kilomètre lancé, il percute un camion, sur une petite route, à Opio, le 19 juin 1986. Il meurt sur le coup. «Putain de camion !», comme le chantera par la suite Renaud. En 1994, est émis un timbre Hommage à Georges Simenon (1903-1989). La Belgique et la Suisse ont chacune émis simultanément un timbre de présentation identique, la vue en arrière-plan étant différente. «Si je n’avais pas été romancier, j’aurais probablement été metteur en scène. Mais alors, j’aurais voulu réaliser la mise en scène entière, c’est à dire, écrire mon histoire pour le cinéma directement et faire tout mon film de A jusqu’à Z. (…) Quand j’écris un roman, je suis tout seul dans mon bureau. Il n’y a personne pour me dire : il faut changer ceci, il faut changer cela, telle réplique doit-être dite de telle façon. Tandis que le cinéma, mettant en jeu cinéma, mettant en jeu d’énormes capitaux et un grand nombre de gens, vous délègue au moins vingt personnes qui sont continuellement derrière vous pour vous faire changer ce que vous avez écrit. Après six mois, c’est fatalement l’ulcère, ou quelque chose d’approchant.» Georges Simenon à Robert Sadoul (Radio Lausanne). Si Georges Simenon a toujours manifesté une sorte d’indifférence pour le cinéma, le cinéma s’est, lui, beaucoup intéressé à l’oeuvre de l’écrivain, formidable réservoir de récits policiers, d’ambiances lourdes, d’humanité cloîtrée et rancie. Plus d’une cinquantaine de ses romans ont été portés au grand ou au petit écran, y compris des romans non policiers comme «L’aîné des Ferchaux». En 1995, pour le 1e siècle du cinéma, quatre timbres sont émis représentant successivement une Tête d’acteur avec un projecteur, un projecteur avec une tête avec casquette, un projecteur avec une tête grimée, style « La Bête » et des Bobines avec une tête d’Indien. Pour le 20é anniversaire de la mort d’André Malraux (1901-1976), écrivain, homme politique, il réalisa un film à partir de son roman « L’Espoir », paraît un timbre représentant son portrait et sa signature.


Le festival international du Film de Cannes souffle en cette année 1996 ses 50 bougies. Un demi-siècle de succès ! . Mais faisons un brève retour sur une vie faite de rebondissements. C’est en effet à l’automne 1938 que l’idée d’un festival international de cinéma prend forme en France Le Festival devait donc voir le jour en 1939. Mais l’Histoire en a décidé autrement. La Seconde Guerre mondiale éclate et reporte la création de l’événement à l’année 1946. Pour fêter le « 50éme Festival international du film de Cannes » un timbre est timbre est émis représentant un clap, une caméra et une tige de laurier. En 1998, un carnet de six timbres -Personnages célèbres. « Acteurs du cinéma français »- rend hommage à six acteurs ayant marqués le cinéma français : « Elle est belle d’une beauté qu’elle s’est elle-même forgée », dit Claude Sautet. En 1978, il écrit un portrait de Romy Schneider (1938-1982), sans doute le plus juste, sans doute le plus beau, comme en témoigne ce passage : « Romy, c’est la vivacité même, une vivacité animale, avec des changements d’expression brutaux, allant de l’agressivité la plus virile à la douceur la plus subtile. Romy c’est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle possède cette ambiguïté qui fut l’apanage des grandes stars. » Et c’est sans doute dans les films de Claude Sautet, des Choses de la vie à Une histoire simple, en passant par une apparition prodigieuse dans Mado, qu’elle crève l’écran par sa bouleversante présence, faite d’intelligence et de vulnérabilité, de douceur et d’effroi face à un monde de faux-semblant.


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Femme de tous les défis, d’ailleurs, elle a même osé, ce qui ne s’était jamais vu (et ce fut une cuisante défaite), jouer à Londres MacBeth - au tarif syndical de sept livres sterling par jour! - dans ce fief réservé aux grands de la tradition shakespearienne. Simone Signoret (1921- 1985) est authentiquement une des grandes de sa profession. A la fois légende sans frontières en Casque d’or et citoyenne française en femme politique, romantique, authentique. Mais au delà de la Star, de la femme politiquement engagée, il y avait d’abord une amoureuse. Et sa carrière fut souvent influencée par ses hommes. Selon Didier Sandre: «Graine de battante, elle s’est toujours efforcée de mener à bien toutes ses entreprises, qu’elles soient cinématographiques, politiquespolitiques ou bien humanitaires, avec un sens profond de la lutte et du combat». Duras, qui s’y connaissait, a tout compris. Tout: «C’était une reine. Elle a sorti la France de ses gonds, elle l’a faite internationale.» Au jour de sa mort, Libération avait titré simplement, mais sur toute sa Une: Simone. Jean Renoir écrivait : «L’étendue des émotions que peut fournir Jean Gabin (1904-1976) est immense, tant son art est de n’en donner que l’essentiel». La première partie de sa carrière ira de ses débuts jusque vers l’âge de 35 ans. Là, Gabin aura marqué l’histoire du cinéma français. Pas de faille, des choix rigoureux, un instinct sûr. La quarantaine passée, il ne retrouvera plus à quelques exceptions près les Carné, Renoir, Grémillon, Duvivier de la grande époque. Sa popularité est demeurée malgré tout intact. Il est resté pour le grand public un «Monument» avec un grand M.


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Louis de Funès (1914-1983) dépeint avec justesse le début de sa carrière : «Je ne regrette pas la lenteur dans laquelle ma carrière s’est développée. Elle m’a permis de connaître à fond mon métier. Quand j’étais encore inconnu, j’essayais de colorer, par des détails, des mimiques, des gestes, les petits rôles qu’on me confiait. J’ai acquis ainsi un certain bagage comique sans lequel je ne pourrais pas faire la carrière que je mène. C’est pourquoi, si c’était à refaire, je recommencerais.» De Funès est pour beaucoup toujours le meilleur acteur comique français et il mérite cette reconnaissance. C’était un professionnel, quelqu’un pour qui le film suivant ne pouvait qu’être meilleur que celui qu’il venait de terminer, il n’avait pour ambition que de toujours mieux faire et de ne jamais déplaire à son public, de l’enfant de maternelle de Courbevoie, à la vieille dame de Clermont.


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Bernard Blier (1916-1989) Ah ! Bernard tu nous manques, tu veux que je te dise, tous des branques. Ils ne savent plus causer. Ils oublient la diplomatie et les bonnes manières. Ils flinguent, baisent et ce n’est pas des marrants. Tu veux mon avis, a marcher sur la tête dans les films actuels, je leur mettrai des casques a pointes. Ils sont mieux en quilles et ne feront jamais le chien. Quand tu seras dans les livres scolaires les cons convoleront moins.


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Ancien catcheur, Lino Ventura (1919-1987) est devenu un grand acteur du cinéma français, où son physique solide et son naturel faisaient de lui l’interprète idéal du film noir ou policier. De même qu’en 1990, en 2001 dans la série « Les personnages célèbres » dédiée cette fois-ci aux « Artistes de la chanson», deux chanteurs sur les six présentés ont fait une légère incursion dans le cinéma français : Serge Gainsbourg et Dalida. D‘abord réclame, puis publicité, aujourd’hui « pub « tout simplement, elle a gagné en un demi-siècle tout notre environnement. Elle est partout : journaux, magazines, radios, télévisions, rues, routes, boîtes à lettres. Rien ne lui résiste. Créant des modes, influençant nos comportements, la publicité règne en maître dans une société de consommation qu’elle alimente et stimule toujours plus. Né en 1911, Jean Mineur est l’inventeur de la publicité au cinéma. C’est lui qui a l’idée d’introduire des écrans publicitaires pendant les entractes Jean Mineur commence sa carrière à Valenciennes en 1931 où il monte l’Agence générale de publicité, qui deviendra ensuite Jean Mineur Publicité. Il utilise son nom pour créer un logo sous la forme d’un mineur en tenue de travail. Le personnage évolue rapidement et c’est A. Champeaux qui lui donne cette image populaire de petit bonhomme habillé en bleu avec son écharpe rouge, sa lampe à pétrole et son pic de mineur qu’il envoie toujours dans le mille.


En 2001, dans la série « Le siècle au fil du timbre. La communication. » un timbre est émis sur « La publicité au cinéma : Le petit Mineur » 1932 : Jean Vilar a vingt ans, lorsqu’il quitte sa ville natale - Sète - pour Paris. Après avoir suivi des cours de philosophie, il rencontre Charles Dullin au théâtre de l’Atelier. Rencontre décisive pour son avenir. En 1951, Jean Vilar prend la direction du Théâtre national du Palais de Chaillot qu’il rebaptise TNP.


Son nom a été associé pendant 16 ans au Festival d’Avignon et au Théâtre National Populaire. Jean Vilar, durant toute sa vie, aura mis en scène et joué pour permettre au plus grand nombre d’accéder au théâtre. En dehors du théâtre, il s’ouvre à d’autres disciplines artistiques : danse, cinéma, musique. En cette année 2001 pour le « 30éme anniversaire de la mort de Jean Vilar (1912-1971) » c’est donc une fois de plus indirectement que paraît le dernier timbre français connu à ce jour sur le cinéma.
Denis Delaire le 2005-04-12